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20h30, Ouagadougou. Nous sortons de l’avion, il fait nuit et moins chaud que nous ne le craignions. Dans l’aéroport bondé, c’est autre chose. Nous faisons la queue à la douane, nous jouons des coudes pour récupérer nos valises, nous faisons encore la queue au contrôle des bagages ; un ˝B˝ à la craie sur notre sac et nous pouvons sortir. Ca y est, nous sommes au Burkina Faso! Devant l’aéroport, les chauffeurs de taxi cherchent des clients, des personnes montrent des écriteaux avec des noms et les voyageurs essaient de se repérer ; tous le monde cherche. Enfin, au loin, trois visages souriants et notre nom au Bic sur un papier. Quel bien cela nous fait! John et Lise, missionnaires SIM , sont là avec leur fille pour nous accueillir. Nous traversons la ville dans un 4x4 climatisé sans pouvoir en voir grand-chose : il fait nuit et les rues ne sont pas éclairées. Ce qui me frappe cependant ce sont les constructions en bois des commerces et tous les jeunes gens au bord de la route qui vendent des cartes téléphoniques ou des ˝Lotus˝ (paquet de mouchoirs en papier, pour 100 francs CFA, 0.15 euros). Nos hôtes nous disent avec un sourire un peu gêné, que notre programme est (déjà) modifié : nous ne partirons pas à Piela dans une semaine mais à Mahadaga. Le lendemain matin à 6h15. Il nous faut défaire nos valises et refaire un sac pas trop volumineux pour les 8 heures de bus qui nous attendent. On comprend le sourire gêné …Il parait que c’est ça l’Afrique, il parait que c’est ça être missionnaire … Il est minuit (2h heure française), tous est prêt pour notre départ demain, il nous reste 5 heures de sommeil. Mahadaga est à deux heures de la plus proche route goudronnée, à 30 km du plus proche téléphone, soit une heure de piste. Au Burkina, tout voyage dépend de l’état de la route, de celui du véhicule et des rencontres faites, alors on ne parle pas de kilomètres mais d’heures de route. C’est la brousse. Là-bas, nous rejoignons un groupe de jeunes d’une église de Gap (05) venus soutenir Françoise dans son projet ˝handicapés en avant˝ . Françoise est missionnaire pour la SIM, infirmière et sage femme, elle est à Mahadaga depuis 23 ans. Elle y a installé un Centre de Santé et de Premiers Soins (CSPS) avec une maternité qui accueille des milliers de malades chaque mois. Quand elle a pu laisser la responsabilité de ce projet aux locaux, il y a quatre ans, elle a monté un centre chrétien pour les personnes handicapées. Sur place, il y a un centre de rééducation motrice et d’appareillage où sont pris en charge les bébés mais aussi des enfants plus âgés, une école primaire avec un système d’internat où les enfants sont logés dans des familles du village, une classe pour les enfants sourds-muets, et depuis cette année une classe pour les enfants aveugles, une bibliothèque afin d’encourager la lecture et la réflexion chrétienne, un centre de réhabilitation par le travail où des adultes sont formés aux métiers de l’artisanat, un projet agricole (production et séchage de mangue et une pépinière) destiné à terme à financer le projet handicapés. Un projet de collège est en cours pour la rentrée 2006. Françoise a formé une équipe de professionnels qui travaillent avec elle au centre mais aussi en dehors : ils font des visites dans les villages aux alentours en essayant de rayonner le plus loin possible, pour repérer les enfants handicapés dès leur plus jeune âge, faire un suivi à domicile, montrer aux parents les gestes qui vont aider leur enfant à bien grandir, apporter les soins nécessaires, financer l’hospitalisation ou l’appareillage en cas de malformation et apporter l’évangile. On comprend toute la difficulté de ce travail quand on sait que ces enfants sont une honte pour leur famille et qu’ils sont cachés aux étrangers. Nous avons pu les accompagner lors d’une visite et je garderai pour longtemps dans le cœur les cris de joie et les yeux brillants d’une petite fille de dix ans, infirme moteur cérébrale, privée de la marche, de la parole et de l’usage normal de ses bras, à qui nous sommes venus apporter un fauteuil roulant et quelques jeux, ainsi que la gêne empreinte de fierté de sa maman qui, pour la première fois, est sortie de leur concession sans porter son enfant trop lourd dans ses bras mais en la poussant devant elle, avec un sourire immense, entourées des enfants du voisinage qui rient et qui courent. Deux vies transformées. Nous avons aussi pu accompagner Françoise et certains enfants du centre, présents pendant leurs vacances scolaires, se baigner dans un trou d’eau au pied d’une cascade ; au-delà de la beauté du lieu, quelle joie de pousser sur l’eau ces enfants infirmes, enroulés dans des chambres à air et agrippés à un matelas gonflable! La pluie a détrempé la route et nous permet de rester quelques jours de plus à Mahadaga, mais le moment arrive où nous devons nous séparer des chèvres, pintades, vaches et ânes élevés en semi-liberté, des enfants qui courent (avec notre fille) partout dans le village comme dans un grand jardin sans crainte des voitures qui n’existent pas là-bas, des gens qui viennent s’asseoir sous notre porche pour nous saluer et tant d’autres petits bonheurs. Nous voilà donc de retour à Ouagadougou, à la Guest House de la mission. Douche chaude, internet, pain frais et magasins climatisés font de nouveau parti de notre quotidien. C’est là que commence notre travail de prospection à la rencontre des missionnaires locaux, but premier de notre voyage. Au fil des jours, nous rencontrons : . Ezéchiel et Rachel qui travaillent en tant que conseillers familiaux chrétiens (actions auprès des familles, des couples et des églises, prévention SIDA, formation de professionnels, etc.), . Jean, qui a quitté momentanément son poste de professeur à l’école biblique de la SIM pour mettre en place un programme SIM Tec (cours d’informatique et d’anglais à coût réduit basés sur un matériel biblique pour partager l’évangile), .Joseph, qui est pasteur pour la jeunesse et qui a, à court terme, un projet de centre pour enfant où il pourra accueillir des jeunes pour des cours du soirs, des jeux sportifs, proposer une bibliothèque, partager l’évangile (le sujet de prière immédiat étant l’acquisition d’un terrain où le bâtiment du centre pourra être construit), .Jacob et Rachel qui sont des missionnaires nigérians et qui travaillent auprès des prostitués (travail de prise de contact par le biais de l’évangélisation, suivi. Les prostitués qui le décident peuvent quitter la rue et elles sont alors hébergées dans une maison en banlieue, où sont également accueillis leurs enfants si elles doivent encore travailler dans la rue. Elles sont rachetées à leur ˝patron˝ si il y a besoin, et formées à un métier. Leur soutien financier étant insuffisant pour tous ces besoins, Jacob et Rachel ont monté une école primaire chrétienne à leur domicile où ils enseignent. Nous avons rencontré bon nombre de prostitués lors d’une soirée d’évangélisation dans la rue, la plupart d’entre elles sont nigérianes échouées à Ouagadougou après avoir cru à des promesses de travail en occident) .Janet qui est une missionnaire canadienne et qui travaille auprès des enfant dans les églises SIM (organisation des écoles du dimanche, formation des leaders, clubs d’enfants, avec pour principe de n’utiliser que du matériel qu’on peut trouver sur place à bon marché. Plus de la moitié de la population a moins de 15 ans) .Stella qui est aussi une missionnaire canadienne et qui, elle, travaille avec les gariboubés (enfants des écoles coraniques que le maître pousse à mendier. Cela a deux buts : encourager les enfants à devenir humbles et leur permettre d’être une bénédiction pour leurs aînés ; en leur donnant l’aumône, ils se rapprochent du paradis … Souvent, les parents, qui sont très pauvres et qui habitent à plusieurs heures de route, ne savent pas se qui se passe et croient que leur enfant bénéficie d’une bonne éducation) Toujours dans le cadre de la SIM, nous avons pu participer à un camp pour la jeunesse où deux cent jeunes étaient accueillis. Plus tard nous avons pu rencontrer Amidou, président des églises SIM au Burkina Faso et qui nous a exposé les besoins de la jeunesse en terme d’organisation des groupes, de prise en charge de maisons de jeunes, lieux d’évangélisation et de soutien aux jeunes chrétiens, où ont lieu des débats, des études bibliques et où, entre autres activités, une bibliothèque à accès gratuit est disponible. Nous avons eu une autre occasion de quitter la capitale pour nous rendre à Diébougou, ville de taille moyenne sur la route de la Côte d’Ivoire, où nous sommes allé rendre visite à Oscar qui travaille pour le CITA (collège catholique d’enseignement général et technique) et qui a rendu visite à notre Eglise St Marc en 2003. Nous avons pu visiter une autre partie du Burkina et surtout encourager, de la part de notre église qui avait déjà soutenu financièrement ce projet l’an dernier, le travail des frères et des enseignants de ce collège chrétien. Le matériel d’enseignement dans cet établissement technique est très différent de tout ce qu’on peut trouver chez nous et s’apparente plutôt à un tas de bric et de brocs : vieux morceaux de vélos et pièces éparses de mobylettes dans l’atelier de mécanique, quelques outils manuels dans l’atelier de menuiserie situé trop loin de l’école pour bénéficier de l’électricité et victime régulière de pillages, atelier de maçonnerie en plein air dont les briques et les moellons sont démontés et rangés après chaque construction pour les protéger du vol, … Les jeunes gens sont formés ici à devenir des professionnels à l’image de leur pays : ils sont capables de réparer et de construire avec les moyens qu’ils ont sur place. Par conséquent, en plus de devenir compétents dans leur domaine professionnel, ils deviennent indépendants. Outre le nombre des personnes rencontrées et l’étendue de leurs domaines d’action, nous avons été frappés par l’extrême pauvreté des régions visitées mais nous retiendrons surtout l’accueil et la générosité des burkinabés et la disponibilité et l’amour de l’église et des missionnaires SIM-Burkina. L’habitation traditionnelle la plus souvent rencontrée est un assemblage de briques de terre et de paille, la literie se résume à une natte posée sur le sol, l’alimentation est peu variée et un morceau de viande est un luxe. Cependant, le burkinabé salue toujours avec un grand sourire et demande des nouvelles du pays et de la famille, est très heureux de pouvoir ouvrir sa maison, reçoit avec plaisir et avec une grande hospitalité même si cela lui coûte ses meilleurs aliments et sa nourriture de la semaine. Les missionnaires et les gens de l’église qui nous ont accueilli nous ont chacun donné beaucoup de leur temps, ils ont pris en compte nos attentes et répondu à toutes nos questions, ils ont été présents quand nous avons été malades ou fatigués, ils nous ont soutenus et encouragés. Nous tenons aussi à remercier les personnes de notre église qui nous ont soutenus financièrement et en prières. Nous nous sommes sentis portés, encouragés et aimé par notre famille en Christ. A eux vont notre reconnaissance, nos remerciements et notre amour fraternel. Gloire à Dieu. Pour plus d'information, merci de lire notre projet missionnaire. |
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